Focus sur l'apprentissage par problème

L’une des grandes particularités de nos formations par apprentissage est la démarche pédagogique mise en œuvre pendant les semaine de formation : l'APP - Apprentissage par problème. David Guillemant, formateur du parcours ingénieur paysage par apprentissage, nous en dit plus sur cette forme de pédagogie active.

L’ISA propose deux formations ingénieurs par la voie de l’apprentissage. Un parcours spécialisé en agriculture et agroalimentaire, et un parcours spécialisé en paysage.  Deux formations qui ont pour particularité de placer l’apprenti-ingénieur comme acteur de sa formation. S’effectuant en alternance, l’apprenti-ingénieur est d’une part, acteur au sein de l’entreprise, et d’autre part, acteur de sa formation pendant ses temps de cours à l’ISA. L’apprenti pilote son apprentissage et développe ses savoirs par le biais de la pédagogie proposée : une pédagogie active qui repose notamment sur l’apprentissage par problème.  

Rencontre avec David Guillemant,  formateur du parcours ingénieur paysage par apprentissage, qui nous explique les particularités de cette pédagogie.

Quel est le principe de l’Apprentissage par problème  ?

David Guillemant : L’APP (Apprentissage Par Problème) est une modalité pédagogique appartenant à la catégorie des pédagogies actives. Mise au point à la fin des années 1960 au Canada, elle est mise en œuvre dans de très nombreuses formations autour du Monde.

Avec l’APP, on part de situations problématiques authentiques, donc très complexes ou de cas construits. Avec cette méthode,  les processus individuels et collectifs de recherche, d’exploration de la documentation et de communication, ainsi que la réflexion sur le processus lui-même  sont aussi importants que la solution.

Les étudiants et l’enseignant changent de rôle : les uns et les autres « enseignent » et apprennent.

Concrètement, en APP, les apprenants, regroupés par équipes, travaillent ensemble à résoudre un problème généralement proposé par l’enseignant. Problème pour lequel ils n’ont reçu aucune formation particulière, de façon à faire des apprentissages de contenu et de savoir-faire, à découvrir des notions nouvelles de façon active (il s’instruit lui-même) en y étant poussé par les nécessités du problème soumis.

Comment se déroule une session de cours en APP ?

D.G : Pour l’enseignant, une séquence de formation en APP débute par le choix d’objectifs de compétences et la construction d’une situation-problème qui, pour être résolue, nécessite de faire les apprentissages listés dans ces objectifs.

Ensuite, la situation-problème est soumise à un groupe d’apprenants durant une première phase collective d’environ deux heures appelée « tutorial n°1 ». Pendant cette première phase le groupe suit un certain nombre d’étapes (clarification des termes, formulation de la problématique, brainstorming des explications possibles, questionnements ou objectifs d’apprentissage sur les explications données et triée).  Le groupe nomme un animateur – qui veille à ce que chacun puisse avoir la place de s’exprimer , un secrétaire au tableau – qui permet de ne pas perdre d’idées, et un scribe – qui constitue la mémoire du groupe.

Durant une deuxième phase individuelle d’environ huit heures, chaque apprenant travaille à répondre aux questions listée lors du tutorial n°1, à l’aide de sources proposées ou qu’il doit trouver par lui-même. Durant cette phase, chacun construit ainsi son propre « cours ».

Dans une troisième phase collective d’environ deux heures appelée « tutorial n°2 », le groupe se retrouve et confronte les apprentissages de chacun afin de réaliser une synthèse collective sur la situation-problème.

Chaque phase collective est assortie d’un débriefing aussi bien en termes de contenu, de processus que de fonctionnement du groupe.

Comment se déroule l’évaluation, le bilan des acquis  ?

D.G : Les savoirs et savoir-faire sont en général évalués à l’aide d’une évaluation classique (écrite ou orale). Parfois, les synthèses individuelles et/ou collectives peuvent être aussi l’objet d’une évaluation. Les savoir-être (capacité à s’exprimer, à s’écouter, à animer, à co-construire, etc.), quant à eux, sont évalués après un certains nombres d’APP.

Quels sont les enseignements donnés avec cette méthode en formation ingénieur paysage- Itiape ?

D.G : Pour avoir rencontré, lors de colloques internationaux sur le sujet, des enseignants ayant mis en œuvre des formations en APP, il est possible de dire que l’APP peut être mis en œuvre pour tout type de « discipline ». Il n’y a donc pas de frein méthodologique à l’utilisation de cette modalité pédagogique en fonction des « enseignements ».

Néanmoins, dans l’objectif de proposer une diversité d’expériences d’apprentissage, il est sans doute souhaitable de proposer un panel de modalités, d’abord actives comme les études de cas, la pédagogie par le projet, … mais aussi, pourquoi pas des modalités pédagogiques dites transmissives pendant lesquelles l’apprenant « reçoit » principalement un contenu élaboré par un enseignant.

En formation ingénieur paysage – Itiape, une grande majorité de la formation est basée sur les pédagogies actives dont l’APP fait partie. Dans le cadre d’une formation en alternance, se concentrer sur « l’agir » semble être un choix pertinent.

Quels sont les bénéfices de cette méthode pour un apprenti  ?

D.G : Une anecdote connue parmi les enseignants pratiquant l’APP est éclairante sur ce sujet. Un étudiant anglais s’adressant à son doyen de Faculté lui aurait dit « Chez vous, on enseigne beaucoup mais on apprend peu ». S’agissant de l’APP (et des méthodes de pédagogie active) il serait possible d’inverser l’affirmation : « Chez vous, on apprend beaucoup et on enseigne peu ».

Les bénéfices reconnus, mesurés, et publiés dans les articles scientifiques sur ce sujet sont très nombreux et variés. Il serait trop long de les lister ici. Mais on pourrait mettre en exergue certains avantages comme :

  • Le taux et la durée de rétention des savoirs par les apprenants,
  • Une vision de la science qui ne rejette pas la complexité de la réalité du monde,
  • Le développement simultané de compétences diverses (travail en équipe, capacité d’animation, capacité à rechercher l’information, …),
  • La capacité à prendre du recul, de la hauteur (métacognition et réflexivité),
  • La capacité d’apprendre à apprendre, qui paraît primordiale pour permettre aux jeunes diplômés de continuer à évoluer en termes de compétences durant leur carrière dans un monde qui évolue de plus en plus rapidement.
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